Comique

Un article de LexiqueCinema.

Registre qui a pour but de provoquer chez le spectateur le rire. La tonalité comique produit un décalage, plus ou moins violent, avec la réalité et l’ordre habituel des choses à travers des situations qui provoquent le rire ; la logique du langage, des gestes et des comportements sont mis en cause par une rupture inattendue.

Il existe quatre sources du comique :

  • la situation (l’amant dans le placard, celui dont on dit du mal alors qu’il est caché sous la table, etc.)
  • la gestuelle (au cinéma, c’est le registre burlesque)
  • le langage (jeux de mots, paradoxes, accents, déformations, etc.)
  • le caractère (les jaloux, les avares, les distraits, etc. font rire)

On parle souvent de comique de répétition. Mais la répétition, en soi, n’est pas comique. Répéter un geste ou une phrase qui n’ont aucune potentialité comique ne fait pas rire. La répétition ne fait qu’intensifier le comique déjà présent, même s'il n'est que latent.


Sommaire

Exemples

  • HARPAGON. (Il crie au voleur dès le jardin, et vient sans chapeau.)

Au voleur ! au voleur ! à l'assassin ! au meurtrier ! Justice, juste ciel ! Je suis perdu, je suis assassiné ! On m'a coupé la gorge, on m'a dérobé mon argent ! Qui peut-ce être ? Qu'est-il devenu ? où est-il ? où se cache-t-il ? Que ferai-je pour le trouver ? Où courir ? où ne pas courir ? N'est-il point là ? n'est-il point ici ? Qui est-ce ? Arrête ! (il se prend lui-même le bras.) Rends-moi mon argent, coquin !... Ah ! c'est moi. Mon esprit est troublé, et j'ignore où je suis, qui je suis, et ce que je fais. Hélas ! mon pauvre argent, mon pauvre argent, mon cher ami, on m'a privé de toi ! Et, puisque tu m'es enlevé, j'ai perdu mon support, ma consolation, ma joie ; tout est fini pour moi, et je n'ai plus que faire au monde ! Sans toi, il m'est impossible de vivre. C'en est fait, je n'en puis plus, je me meurs, je suis mort, je suis enterré ! N'y a-t-il personne qui veuille me ressusciter me rendant mon cher argent, ou en m'apprenant qui l'a pris ? Euh ! que dites-vous ? Ce n'est personne. Il faut, qui que ce soit qui ait fait le coup, qu'avec beaucoup de soin on ait épié l'heure ; et l'on a choisi justement le temps que je parlais à mon traître de fils. Sortons. Je veux aller quérir la justice et faire donner la question à toute ma maison : à servantes, à valets, à fils, à fille, et à moi aussi. Que de gens assemblés ! Je ne jette mes regards sur personne qui ne me donne des soupçons, et tout me semble mon voleur. Eh ! de quoi est-ce qu'on parle là ? de celui qui m'a dérobé ? Quel bruit fait-on là-haut ? Est-ce mon voleur qui y est ? De grâce, si l'on sait des nouvelles de mon voleur, je supplie que l'on m'en dise. N'est-il point caché là parmi vous ? Ils me regardent tous et se mettent à rire. Vous verrez qu'ils ont part, sans doute, au vol que l'on m'a fait. Allons, vite, des commissaires, des archers, des prévôts, des juges, des gênes, des potences et des bourreaux ! Je veux faire pendre tout le monde ; et, si je ne retrouve mon argent, je me pendrai moi-même après ! (Molière, L'Avare)


Charlie Chaplin, Les Temps modernes

Comme dans l'exemple de Molière, les quatre sources du comique sont ici réunies :

    • situation (Charlot a écrit les paroles de la chanson sur ses manchettes)
    • gestes (la danse, le mime, un des sommets du burlesque)
    • caractère (le malchanceux, on attend que les manchettes s'envolent, elle le font, jubilation ; le débrouillard qui se tire de toutes les situations, autre type comique)
    • mots (l'improvisation en langage imaginaire)

Moyens cinématographiques mis en œuvre

  • le montage est également souvent utilisé comme moyen comique, par exemple dans ce passage de Broadway Danny Rose de Woody Allen


Réflexions

  • Quoique le rire semble souvent chose frivole et provoqué par des farceurs, des mimes, enfin par des fous, il a une force, il faut le reconnaître, vraiment impérieuse et irrésistible. Il jaillit souvent malgré nous, et il ne s'exprime pas seulement par al physionomie et par al voix, mais il secoue violemment le corps tout entier. Souvent, d'autre aprt, comme je l'ai dit, il retourne la situation dans des affaires très importantes, au point de briser très fréquemment la haine et la colère (Quintilien)
  • Le rire, de même que la plaisanterie, est une joie pure ; par conséquent, pourvu qu’il n’y ait pas d’excès, il est par lui-même bon. Il ne peut y avoir qu’une farouche et triste superstition qui défende de se réjouir. Car en quoi serait-il plus convenable d’apaiser sa faim et sa soif que de chasser la mélancolie ? (Spinoza)
  • Le rire n’est jamais autre chose que le manque de cohérence — soudainement constaté — entre un concept et les objets réels qu’il a suggérés, de quelque façon que ce soit ; et le rire consiste, précisément dans l’expression de ce contraste. (Schopenhauer)
  • Le rire est dû à une diversion subite de l’énergie nerveuse à travers une nouvelle voie. C’est un canal de dérivation. (Spencer)
  • Le rire, c‘est du mécanique plaqué sur du vivant. (Bergson)
  • Le rire est directement contraire à cette forcenée attention à soi, qui est le fond du sérieux. Le rire secoue tout le corps comme un vêtement, laissant chaque partie s’ébattre à sa guise. Par essence le rire est un abandon de gouvernement, et le premier remède contre cet absurde gouvernement qui noue et paralyse. le rire rétablit les échanges en déliant, il aère, nettoie, et repose. Quoi de mieux ? (Alain)
  • Comme ça lave, un bon rire ! (Daniel Picouly)
  • Mieux est de rire que de larmes écrire

Parce que rire est le propre de l’homme (Rabelais)

  • Je me presse de rire de tout, de peur d’être obligé d’en pleurer (Beaumarchais)
  • C’est une étrange entreprise que celle de faire rire les honnêtes gens. (Molière)
  • Le rire est la corde par laquelle le démon entraîne le plus d’âme en Enfer. (Le saint curé d’Ars)
  • Ce n’est pas une conduite contraire à celle des saints de rire des erreurs et des égarements des hommes. (Blaise Pascal)
  • Rire, c’est participer à la création du monde. (Georges Minois)
  • On ne peut s'apitoyer sur soi-même que quand nos malheurs sont encore soutenables. Une fois cette limite franchie, le seul moyen de supporter l'insupportable, c'est d'en rire. (Marjane Satrapi)


Divers

Corrélats : Burlesque | Ironie | Satirique | Humoristique | Gag | Running gag |

Synonymes/Anglais :

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