Catégorie:Cinéma du réel

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Le cinéma est réputé être divisé en deux. D’un côté les réalisations de fiction, de l’autre la trace laissée sur la pellicule par le réel lui-même. Pour critiquable que soit cette classification, souvent remise en cause, et l’on sait à quel point il est difficile de tracer cette frontière, cette distinction est généralement acceptée, au moins comme opératoire. Le programme de l’option légère d’ailleurs, est fondée sur cette distinction, réservant à la première, l’étude des « films du réel », et à la terminale, l’écriture fictionnelle.


Documentaire, reportage, propagande

Les films du réel sont divers dans leur forme et dans leur intention. Comme chaque fois que nous nous trouvons devant une diversité, et tout en sachant que toute problématique générique est illusoire, nous allons tenter de classer. Les « films du réel » nous semblent se distribuer en trois catégories : propagande, documentaire et reportage.

Le tableau ci-dessous résume l’ensemble des remarques suivantes, qui l’explicitent.

L’essentiel tient à trois axes essentiels :

  1. le rapport au temps
  2. l’énonciation et l’affirmation de la subjectivité
  3. la place du commentaire


1. Le temps long est une caractéristique du documentaire : des mois de préparation, voire plus. Le tournage également se compte en mois, comme Route One USA de Robert Kramer qui fut réalisé en six mois lors d'un parcours de la côte est des États-Unis du nord au sud. On sait que le tournage de Nanook of the North dura également près d’un an. S’il en est ainsi, c’est non seulement parce que le cinéaste prend le temps de comprendre et de cerner son sujet, mais aussi parce qu’il souhaite que son film dure, qu’il en soit gardé mémoire. Rien de tel bien sûr dans le reportage, simple récit rapide de quelque chose qui vient de se produire, ou se produit couramment, destiné à être montré et oublié au fur et à mesure de l’avancée rapide de l’actualité. Le documentariste est un cinéaste, et le reporter un journaliste ; le nom du second n’est pas destiné à rester dans les mémoires, le premier espère, comme tout artiste, que son œuvre demeurera.


2. L’énonciation est un autre point important de différenciation. Elle est ce qui distingue essentiellement la propagande du documentaire, aussi engagé que ce dernier puisse être. Remarquons, avant d’expliciter ce qui vient d’être affirmé, que l’on se fonde habituellement sur le critère de la vérité pour repérer la propagande ; une telle procédure est vouée à l’échec, et c’est bien souvent remettre aux opinions divergentes, aux interprétations biaisées ou non de faits et de chiffres, le soin de qualifier, de classer, ce qui ne saurait être efficace. L’énonciation, au contraire, permet de tracer une ligne relativement nette entre propagande et militantisme. Le militant parle à la première personne. Quand Michael Moore, aussi engagé qu’il soit, affirme quelque chose, il le signe toujours d’un « je », en même temps très (trop, pour certains) présent à l’écran et au commentaire, et souvent autobiographique (cf. les incessantes références à Flint, Michigan, et son rapport à la NRA dans Bowling for Columbine).

Dans la propagande au contraire, le « je » disparaît le plus souvent : personne ne parle, ou alors une voix supérieure, détentrice justement de la vérité. L’auteur, bien sûr, n’est pas connu, et s’il peut en être autrement, c’est qu’il est célèbre par ailleurs (Eisenstein, Frank Capra). Ou qu’une bizarrerie de l’Histoire fait du Juif Kurt Gerron le réalisateur d’un film qui présente le camp-ghetto de Theresienstadt, où il fut interné avant d’être envoyé à Auschwitz, comme une colonie de peuplement, une « ville que le Führer donne aux Juifs » (1944). Mais même dans ces rares cas, pas d’énonciation personnelle : Pour le Russe, la « ligne » est « générale », l’Américain explique [[Pourquoi nous combattons]] et le commentaire nazi se veut neutre.

On peut dire, globalement, que les reporters et propagandistes se veulent objectifs, neutres, le documentariste affirme sa subjectivité, et c’est en l’assumant qu’il vise à rendre compte du réel.


3. En ce qui concerne le commentaire, on sait bien que ni reportage ni propagande ne peuvent s’en passer. Pour le premier, il est le vecteur essentiel d’information. Il suffit de couper le son pendant un journal télévisé pour s’apercevoir que l’on apprend/comprend très peu de chose. Se passer de l’image fait manquer une quantité infime d’information (au fond c’est la radio). L’usage qu’en fait la propagande est tout autre : elle ne fait pas comprendre ce qui se passe dans l’image, elle le crée. Le commentaire précède toujours quelque peu l’image pour nous enseigner ce que nous devons voir. On sait que dans le documentaire, le commentaire off est tout simplement facultatif.

Le tableau suivant présente également nombre d’autres points, mais tous dépendent de l’un de ces trois.

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